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Pierre-Olaf SCHUT, CRIS, Lyon, France
Sebastien BERNIS, Corps et Culture, Montpellier, France
Les activités physiques de pleine nature ou sports de nature regroupent un grand nombre de pratiques caractérisées, selon M. Bouet (1), par leur référence fondamentale aux éléments de la nature. Même si pour P. Parlebas (2), ces activités se déroulent dans un " milieu incertain ", nous allons montrer qu'elles se pratiquent dans un certain milieu. Cette communication a pour objet de préciser l'importance d'intégrer une caractéristique géomorphologique à la définition du concept de pays sportif lorsque ce dernier est utilisé à l'égard des activités physiques de pleine nature. En effet, nous posons l'hypothèse d'une contingence entre la distribution des sites exploités par la pratique d'une activité spécifique et les caractéristiques physiques du milieu.
M. Bouet avait déjà envisagé une distribution spécifique des pratiquants de ces disciplines dans l'espace : " La référence à l'élément impliqué permet aisément de distribuer ceux-ci [les sports de nature]. Mais il ne faudrait pas que nous méconnaissions que, lorsque plusieurs spécialités concernent le même élément, elles instaurent des univers très différents et toujours singuliers, en fonction même des aspects qu'elles s'approprient et des moyens qu'elles emploient. ".
Notre étude des différents sites de spéléologie, de ski, de surf et d'alpinisme en France, Espagne, Italie et Suisse a révélé un certain nombre de regroupements des sites de pratiques. Par exemple, le surf se pratique sur l'ensemble de la côte Atlantique (France et Espagne). Le massif de la Vanoise (France et Italie) recèle quelques une des plus grandes stations de ski.
Ces regroupements de sites correspondent scrupuleusement à des caractéristiques physiques spécifiques aux activités étudiées. Ces caractéristiques sont d'ordre océanologique pour le surf, géologique pour la spéléologie, climatique et géomorphologique pour l'alpinisme et le ski. A titre d'exemple, la spéléologie est pratiquée presque exclusivement dans les régions karstiques comme les Cantabriques (Espagne), le Jura (France et Suisse) ou le Vercors (France). L'alpinisme nécessite des montagnes d'altitudes élevées sur lesquelles subsistent des glaciers millénaires comme le massif du Mont Blanc (France et Italie) ou l'Oberland (Suisse). Les différents regroupements de sites correspondent aux pays sportifs, propres à chaque activité et délimités par une unité géomorphologique.
On s'aperçoit que, comme l'avait envisagé Pierre de Coubertin, la géographie sportive ne correspond pas à la géographie politique dans la mesure où de nombreux pays que nous avons pu identifier sont conjointement sur deux, voire trois pays politiques. Ainsi, notre travail confirme que les pays sportif se déterminent indépendamment des nations. Il montre aussi que, dans le cadre des activités physiques de pleine nature, la délimitation des pays sportifs est spécifique à chaque activité dans la mesure où elle dépend de ses caractéristiques. De plus, la délimitation des pays sportifs propre aux activités physiques de pleine nature, correspond à des critères d'ordre géomorphologique.
1. Bouet, Michel : La Signification du sport, Paris, l'Harmattan, 1995, 6e édition.
2. Parlebas, Pierre : Jeux, Sports et Société Lexique de praxéologie motrice, Paris, INSEP, 1999.